22 février 2020 – Une ancienne en 3e médecine (en anglais) à l’université de Maastricht

Ayten Sultanli, une ancienne élève (6e transition 2016-2017) de la section « immersion anglaise » est actuellement en 3e médecine à l’université de Maastricht. Aujourd’hui, elle accepte volontiers de répondre longuement aux questions que nous nous posons face à cette expérience assez inédite. Elle nous fournit de nombreux détails, on en apprend beaucoup sur ce type d’études aux Pays-Bas.

Merci, Ayten, pour ce témoignage si intéressant!

• Bonjour Ayten. C’est avec plaisir que nous apprenons que tu te trouves déjà en 3e année de médecine à l’Université de Maastricht. Tous les cours, dans toutes les matières, se donnent-ils en anglais ? As-tu pu t’intégrer facilement ?

Oui, tous les cours sont en anglais. Les professeurs sont compréhensibles en anglais, même si pour la plupart ce sont des Hollandais ou Allemands. Mais, bien sûr, dans d’autres facultés les cours se déroulent soit en néerlandais, soit en anglais/néerlandais.

L’intégration s’est faite plus rapidement que je ne le pensais. Tous les ans, au moins d’août, l’université organise une journée « d’intégration » pour les étudiants qui rentrent en première. Cette journée a pour but de visiter les différents bâtiments de la faculté ainsi que de faire connaissance avec le groupe du premier bloc de cours. Résultat: le premier jour n’est pas si compliqué vu que les étudiants ont déjà eu la chance de se rencontrer.

Le système est très bien fait à Maastricht. Il fonctionne comme suit: il y a un nombre précis d’élèves répartis par ‘tutorial groups’; ce sont des petits groupes de 8-12 élèves, accompagnés d’un professeur ou assistant professeur, d’un étudiant en doctorat ou d’un étudiant en année supérieure, chargé de donner cours. Et ce groupe change à chaque fois qu’un bloc de cours (environ 2 mois) se termine. Ce qui fait que les étudiants ont la chance de premièrement s’intégrer et deuxièmement de tous se connaître en fin de bachelier.

• Revenons en arrière. Quand tu t’es inscrite en première année d’immersion anglaise à Saint-Michel, avais-tu déjà des notions d’anglais, scolaires ou familiales ?

Les notions d’anglais que j’avais c’était du très basic: se présenter, les couleurs, les membres de la famille… J’avais eu des cours d’anglais en 5e et 6e primaires, mais absolument pas assez pour commencer l’immersion. Mais ce n’était pas un problème vu que tout repartait à zéro. Certes, les cours d’EDM sont directement ‘intenses’ mais il y a aussi les cours de communication anglaise, durant lesquels on apprend du vocabulaire utilisé dans des saynètes. Le cours de communication anglaise a ainsi pour objectif d’obtenir un niveau d’anglais semblable chez les étudiants, ce qui constitue une bonne base pour la suite.

• Si tu t’en souviens encore, combien de mois t’a-t-il fallu en première année pour commencer à maîtriser la situation, puisque nous savons tous que le début n’est pas facile ?

Je dirais qu’il m’a fallu moins de six mois, si je me rappelle bien. Je suis très organisée et travailleuse et j’aime beaucoup les défis. Pour moi l’immersion était comme un défi personnel et j’avais pour but d’apprendre et de maîtriser la langue pour plus tard aller étudier en Angleterre. Mais il ne faut pas oublier que sans la présence des professeurs cela n’aurait pas été possible. Ils savent que le départ est dur, c’est pourquoi ils sont constamment présents pour donner des cours de remédiation, revenir en arrière dans la matière et expliquer le tout concrètement en petits groupes. L’élève en difficulté ne reste pas en arrière par rapport aux autres de la classe. L’objectif du cours c’est certes de maîtriser l’anglais, mais également de créer union et égalité entre les élèves. Je dirais qu’il n’y a pas une période précise pour maîtriser la situation, tout dépend de la bonne volonté de l’élève.

• As-tu pu profiter durant tes six années de séjours ou voyages à l’étranger ?

Certainement, c’est ce que l’on retient le plus. Premièrement ces voyages nous permettent de pratiquer la langue. Une fois sur place plus personne ne parle français, donc l’anglais se met plus facilement en pratique. Deuxièmement, le voyage crée une belle relation professeurs/élèves. Et pour finir quoi de mieux que de voyager, visiter et vivre dans une culture différente pour 4-5 jours. Durant mes années à Saint-Michel, si mes souvenirs sont bons, j’ai pu profiter d’ un voyage à Canterbury et Londres, d’un second voyage à Londres et d’un dernier en Irlande.

• As-tu un souvenir plus particulier – étonnant ou amusant – de tes études en immersion anglaise ?

Je vais répondre à la question en me basant sur l’ambiance de la classe qui a directement un impact sur les souvenirs. J’ai eu la chance d’avoir une classe exceptionnelle, et je remarque que la majorité des classes d’immersion sont ainsi. Je le dis souvent,  cette sensation de famille vaut absolument la peine de passer deux ou trois heures en plus à étudier. Vu que tout le monde est égal, dans ce sens où personne n’est bilingue, il faut s’entraider pour répondre aux besoins de ceux qui ont un peu plus de difficultés. On a commencé avec deux classes d’immersion (environ 40 élèves) et fini avec 14 élèves.

• Qui ou quoi t’a donné l’idée d’entamer des études de médecine à Maastricht, une idée à première vue un peu risquée ?

Plusieurs « événements » ont déterminé mon choix pour Maastricht, tous liés. Premièrement, quand j’étais plus jeune (vers 13-14 ans) en allant faire du shopping a Maastricht j’étais tombée amoureuse de la ville et je m’étais dit que je viendrais étudier ici (mais j’avais ‘oublié’ ce détail). Deuxièmement, l’année où je terminais mes études secondaires, il y a eu beaucoup de changement dans le système belge concernant les examens d’entrée, les numéros INAMI, etc. Ça m’a un peu fait peur. Durant le cours d’anglais en 6e,  madame Tychon, professeure d’anglais, voulait savoir quelle était la décision la plus compliquée que l’on avait prise ou qu’on allait prendre. J’ai répondu que je craignais la nouvelle réglementation des examens d’entrée, mais que j’envisageais de m’inscrire soit à Namur soit à Louvain puisque mes parents ne voulaient pas que je kotte. Et c’est là que madame Tychon m’a proposé de tenter ma chance à Maastricht. Je me suis rappelée à ce moment-là ce que je m’étais dit à 13-14 ans. La même semaine, c’était la journée porte ouverte à Maastricht. Je me suis rendue là-bas et ainsi j’ai commencé toute la procédure pour y accéder. Je la remercie encore pour ses conseils sur mon orientation. Comme vous le voyez, ça rejoint ce que j’ai dit précédemment: les professeurs sont vraiment attachés à la réussite de leurs élèves en immersion. Madame Tychon m’a également conseillé de passer le Cambridge First Certificate, elle m’a fourni des cours et exercices complémentaires pour m’aider à la préparation.

• Y a-t-il un examen d’entrée, et si oui, est-il difficile ?

Oui, il y a un examen d’entrée, je le trouve plus facile qu’en Belgique (mais je précise que je ne l’ai pas présenté en Belgique). La partie compliquée de l’examen, mais qui ne l’était pas pour moi grâce à l’immersion, c’est que le but n’est pas seulement de tester les connaissances en sciences mais surtout de voir si l’étudiant comprend les articles médicaux et scientifiques en anglais. Cinq articles de dix pages à lire et comprendre; ensuite répondre aux questions concernant l’article; et enfin répondre aux questions scientifiques en seulement trois heures. La difficulté c’est donc plutôt le manque de temps. Il y avait une seconde partie à l’examen: on est  mis en situation réelle et on doit agir comme un médecin. Sur base des symptômes et problèmes des patients il faut trouver ce qu’il a ou ce qu’il peut avoir, en utilisant bien sûr des choix multiples. En plus, des situations de fin de vie sont mises en scène vidéo pour  tester la ‘résistance’ personnelle et l’émotivité.

• As-tu rencontré là-bas des difficultés particulières ? L’organisation est-elle différente des universités belges ?

Je me rappelle avoir rencontré une difficulté particulière: l’anglais courant, pas tout à fait semblable à l’anglais habituel des cours d’EDM, histoire, géographie et anglais. Cette seule difficulté a duré peut-être un mois, le temps de m’habituer. J’avais au départ un anglais plus formel que familier, mais tout a retrouvé son équilibre maintenant.

Je ne suis pas 100% familière avec le système des universités belges, mais je vais répondre à la question en me basant sur ce que j’entends de mes amis. Tout est différent! Premièrement, à Maastricht, les examens ne se déroulent pas tous les six mois mais tous les 1-2 mois par bloc de cours. Ensuite, en janvier et juin, nous avons un examen qui reprend la matière de six mois en épidémiologie,  statistique, méthodologie et mise en scène de situations dans lesquelles on doit penser à l’éthique et la philosophie. Concernant l’organisation des classes, comme je l’ai déjà dit, nous sommes assistés par des professeurs, assistants professeurs, étudiants en doctorat ou autres, dans des groupes de 8 à 12. Ces cours sont obligatoires  deux fois la semaine pendant deux heures. Le premier jour on nous met en situation et on doit définir le problème, la maladie, les symptômes possibles, tout ce que l’on sait. Ensuite on doit définir des questions auxquelles, sur base des articles et livres indiqués, on doit trouver réponse au problème ou à la maladie. Et le deuxième jour est consacré à répondre aux questions et trouver la solution. Le reste de la semaine, les cours sont donnés dans les amphithéâtres par des professeurs qui permettent d’aller plus loin dans la matière en fournissant des détails, surtout ce qu’il faut savoir pour l’examen.

• Nous avons aussi appris que tu as déjà une « mission » auprès des élèves de 1re médecine. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Certainement. En fin de première, j’ai reçu un e-mail dans lequel on me proposait de donner cours en première sur base de mes points. Bien sûr je n’étais pas la seule à recevoir cet e-mail, nous étions environ 10. J’ai évidemment accepté et signé un contrat de 3 ans avec l’Université. Nous avons été divisés par matière. Mon rôle est de donner cours dans les « tutorial groups ». On m’a attribué le cours de maladie infectieuse (plus précisément la tuberculose) et un cours dans lequel on doit apprendre aux étudiants comment écrire de manière académique. Ils sont mis en situation et doivent rendre une recherche de 10-15 pages en trois semaines. C’est spécial: dans la même semaine je suis étudiante et assistante professeure!

• Comment vois-tu tes années futures ?  Un doctorat ? Ton diplôme des Pays-Bas te permettra-t-il de travailler en Belgique ?

Cette année je termine mon bachelier. D’abord j’envisage de commencer mon master en épidémiologie pour me spécialiser en maladies pulmonaires infectieuses et de faire un doctorat en épidémiologie médicale, tout en continuant de donner cours à Maastricht. Plus j’étudie la médecine et  moins j’ai envie de la pratiquer; je voudrais surtout donner cours et apprendre aux étudiants. On devient un peu hypocondriaque. Mais tout peut changer à tout moment, rien n’est définitif avec moi.

• As-tu, pour terminer, un petit message à transmettre à celles et ceux qui sont inscrits ou vont s’inscrire dans la section « immersion anglaise » ?

You have chosen the best option to build up your career. C’est le message que je voudrais transmettre pour les encourager encore plus à étudier. Le début est toujours compliqué, mais une fois sur rails tout devient plus facile et beaucoup d’options s’ouvrent à nous. Je conseille de regarder des films ou séries en anglais ou sous-titrés en anglais, d’écouter et de lire les paroles des musiques. Et surtout il ne faut pas être gêné de parler en classe entre élèves en anglais, c’est ce qui permet d’avancer dans l’apprentissage de la langue.

Propos recueillis par Christian Rensonnet

FIN D’ANNÉE SCOLAIRE 2020-2021

Après sa réussite en 4e année (photo ci-contre), Ayten entame son doctorat à l’hôpital universitaire de Heidelberg.

Voir la page de la « Graduation Ceremony 2020 »

Bravo, Ayten. Tout l’Institut te félicite !